Le télescope spatial européen Euclid vient de frapper un grand coup. Une équipe internationale d’astronomes annonce l’identification de 31 quasars parmi les plus anciens de l’Univers, dont deux battent tous les records de distance connus à ce jour. Leur lumière a été émise alors que le cosmos n’avait pas encore 670 millions d’années, soit à peine 5 % de son âge actuel estimé à 13,8 milliards d’années. Les résultats ont été publiés le 6 juillet 2026 dans la revue Astronomy & Astrophysics, sous la direction de Daming Yang, chercheur à l’université de Leyde (Pays-Bas).
Deux objets record à l’aube du cosmos
Un quasar est le cœur extrêmement lumineux d’une galaxie primitive : un trou noir supermassif y avale de la matière à un rythme effréné, et le disque de gaz surchauffé qui l’entoure brille alors plus fort que des centaines de galaxies réunies. C’est cette luminosité hors norme qui permet de les repérer à des distances vertigineuses.
Parmi les 31 objets recensés, deux se distinguent : EUCL J172902.75+641018.1 et EUCL J125308.55+705432.3, avec des décalages vers le rouge (redshift) respectifs de 7,77 et 7,69. Situés à un peu plus de 13 milliards d’années-lumière, ils détrônent le précédent détenteur du record, identifié en 2021, d’environ 20 millions d’années. Ce sont donc les quasars les plus anciens jamais observés.
Une décennie de recherche condensée en un an
Au-delà des records, c’est le rythme de la découverte qui impressionne les spécialistes. Il aura fallu plus de dix ans aux astronomes pour dénicher la première dizaine de quasars au redshift égal ou supérieur à 7. Euclid, lui, en a trouvé davantage avec seulement un an et demi de données. Cette seule moisson fait plus que doubler le nombre de quasars connus pour cette époque reculée de l’Univers.
Lancé en juillet 2023, le télescope de l’Agence spatiale européenne n’a pourtant pas été conçu pour cela : sa mission première consiste à cartographier la matière noire et l’énergie sombre en photographiant un tiers du ciel. Mais cette couverture géante, combinée à la finesse de ses instruments, en fait une redoutable machine à détecter des objets rares. Un bel exemple de retombées inattendues, comme la recherche spatiale en produit régulièrement — un sujet que nous suivons de près dans notre rubrique Science – Innovation.
L’énigme des trous noirs trop massifs, trop tôt
Ces découvertes ravivent une question qui taraude les astrophysiciens : comment des trous noirs supermassifs, dont la masse se compte en centaines de millions de masses solaires selon les premières estimations, ont-ils pu se former aussi vite après le Big Bang ? Les modèles classiques de croissance, par accumulation progressive de matière, peinent à expliquer de tels mastodontes dans un Univers encore enfant.
- Soit les premiers trous noirs sont nés déjà massifs, à partir de l’effondrement direct de gigantesques nuages de gaz ;
- soit ils ont grossi beaucoup plus vite que ne le prévoient les modèles actuels ;
- soit un mécanisme encore inconnu reste à découvrir.
Disposer d’un échantillon deux fois plus fourni de ces objets primitifs va permettre de tester ces hypothèses avec une rigueur statistique inédite, plutôt que de raisonner sur une poignée de cas isolés.
Et maintenant ?
Le relevé complet d’Euclid doit s’étaler sur six ans. Les chercheurs s’attendent à y trouver des centaines de quasars supplémentaires à très grand redshift, et espèrent même franchir la barre symbolique du redshift 8 — c’est-à-dire remonter encore plus près du Big Bang. De quoi alimenter l’actualité scientifique des prochaines années, à retrouver dans nos pages Actualité et High Tech – Numérique pour le volet technologique des instruments spatiaux.
Questions fréquentes
Qu’est-ce qu’un quasar exactement ?
C’est le noyau très lumineux d’une galaxie lointaine, alimenté par un trou noir supermassif qui absorbe de la matière. Le gaz chauffé à des températures extrêmes autour du trou noir émet un rayonnement colossal, visible à des milliards d’années-lumière.
Pourquoi parle-t-on de « redshift » pour mesurer leur distance ?
L’expansion de l’Univers étire la lumière des objets lointains vers le rouge. Plus ce décalage (redshift) est élevé, plus la lumière a voyagé longtemps : un redshift de 7,77 correspond à une émission survenue moins de 670 millions d’années après le Big Bang.
Le télescope Euclid a-t-il été conçu pour chasser les quasars ?
Non. Sa mission principale est l’étude de la matière noire et de l’énergie sombre. Mais en cartographiant une immense portion du ciel avec une grande précision, il révèle au passage des objets rares comme ces quasars primitifs.



