Le marché de l’art en 2026 vient de signer un printemps spectaculaire, porté non par l’art ultracontemporain mais par les grands maîtres modernes et, fait notable, par la sculpture. Le 18 mai 2026, chez Christie’s à New York, La Danaïde de Constantin Brancusi (1913) a été adjugée 107,6 millions de dollars, un record mondial pour l’artiste et la deuxième sculpture la plus chère jamais vendue aux enchères publiques. De quoi rappeler que la peinture n’a pas le monopole des sommets.
Une sculpture à 107,6 millions de dollars
Avec ce résultat, le visage stylisé et rehaussé de feuille d’or imaginé par Brancusi se hisse juste derrière L’Homme au doigt d’Alberto Giacometti, adjugé 141,3 millions de dollars en 2015, jusque-là seul détenteur du haut du classement. La trajectoire de l’œuvre illustre l’appétit retrouvé des collectionneurs : acquise en 2002 par le magnat de la presse S. I. Newhouse pour 18,2 millions de dollars, elle a vu sa valeur multipliée par près de six en un peu plus de vingt ans.
La même vacation a battu d’autres records. Un drip painting de Jackson Pollock a atteint 181,2 millions de dollars le 19 mai 2026, pulvérisant le record de l’artiste, tandis que des toiles de Mark Rothko et de Joan Miró établissaient elles aussi de nouvelles marques. Résultat : cette seule soirée new-yorkaise a frôlé le milliard de dollars.
Un premier semestre 2026 en net rebond
Ces coups d’éclat ne sont pas isolés. Sur l’ensemble du premier semestre 2026, les trois grandes maisons internationales — Christie’s, Sotheby’s et Phillips — ont vendu environ 6,8 milliards de dollars, frais compris, soit une hausse de l’ordre de 70 % par rapport à la même période de 2025. C’est le meilleur début d’année depuis 2022. Le rapport annuel Art Basel & UBS avait de son côté acté un retour de la croissance, avec des enchères publiques en progression après deux années de tassement.
La reprise reste toutefois très sélective. Les classiques modernes et l’art d’après-guerre tirent le marché vers le haut, alors que l’art contemporain le plus récent, la coqueluche spéculative des années post-pandémie, reste à la peine. Après l’expansion désordonnée puis le repli brutal de l’ultracontemporain, 2026 ne ressemble ni à une rechute ni à une capitulation, mais à une confiance qui se gagne lot par lot.
Ce que cela dit du goût des collectionneurs
Pourquoi la sculpture et les maîtres modernes reviennent-ils sur le devant de la scène ? Plusieurs facteurs se conjuguent :
- La rareté : les pièces majeures de Brancusi ou Giacometti n’apparaissent que rarement sur le marché, ce qui aiguise la concurrence.
- La valeur refuge : dans un contexte économique incertain, les acheteurs privilégient des noms consacrés par l’histoire de l’art plutôt que des cotes récentes et volatiles.
- Le rôle des grandes collections : la dispersion de quelques ensembles anglo-saxons prestigieux a suffi à faire basculer les statistiques du semestre.
Pour l’amateur, ces ventes ne sont pas qu’une affaire de chiffres vertigineux. Elles orientent les expositions, la valeur assurantielle des œuvres et, à terme, la programmation des musées, souvent contraints de préempter ou d’emprunter des pièces devenues hors de prix. Le retour en grâce de la sculpture pourrait ainsi se lire, dans les mois à venir, jusque dans les cimaises des institutions françaises. Pour prolonger, à découvrir dans nos rubriques Peinture – Sculpture, Art et Expositions – Salons.
Questions fréquentes
Quelle est la sculpture la plus chère vendue aux enchères ?
Il s’agit de L’Homme au doigt d’Alberto Giacometti, adjugé 141,3 millions de dollars en 2015. La Danaïde de Brancusi, vendue 107,6 millions de dollars en mai 2026, occupe désormais la deuxième place.
Le marché de l’art se porte-t-il vraiment mieux en 2026 ?
Oui, mais de façon sélective. Le premier semestre 2026 affiche un fort rebond des ventes publiques, porté par les maîtres modernes et l’après-guerre, tandis que l’art contemporain le plus récent reste en retrait.
Pourquoi ces records concernent-ils le grand public ?
Parce que la valeur des œuvres influe sur les assurances, les prêts entre musées et la programmation des expositions. Des cotes très élevées peuvent rendre certaines pièces plus difficiles à exposer.



