Dans la haute canopée des forêts tropicales de la République démocratique du Congo, un petit primate au visage sombre et aux marques orangées vient d’entrer officiellement dans les livres de science. Baptisé Colobus congoensis, ce singe connu localement sous le nom de Likweli a été décrit dans une étude publiée le 15 juillet 2026 dans la revue PLOS One. Une découverte qui illustre à quel point la biodiversité du bassin du Congo reste largement à explorer.
Un singe aux marques orange resté longtemps invisible
Le Colobus congoensis est un petit singe arboricole au pelage entièrement noir, doté d’une longue queue et de taches d’un orange crème caractéristiques autour du nez et de la bouche. Il vit en petits groupes d’environ six individus, très haut dans la canopée, ce qui explique pourquoi il est passé inaperçu des scientifiques pendant si longtemps. Repéré et photographié pour la première fois en 2008 dans le parc national de la Lomami, dans le centre-est du pays, l’animal n’a été formellement confirmé qu’à partir de novembre 2018.
Entre 2018 et 2022, les chercheurs ont recensé 114 observations sur une aire de répartition estimée à environ 1 700 km², à l’intérieur d’un parc qui couvre près de 887 400 hectares de forêt dense. Ce qui frappe, c’est que les habitants de la région connaissaient déjà ce primate : dans la langue langa, ils l’appellent Likweli depuis des générations.
Quand savoirs locaux et science avancent ensemble
L’étude a été dirigée par John Hart, de la Lukuru Wildlife Research Foundation, en collaboration avec l’université de Yale, la Florida Atlantic University, la City University of New York et l’American Museum of Natural History. Mais la découverte doit beaucoup aux équipes de terrain congolaises, dont l’anthropologue Junior Amboko et l’assistant technique Jean Pierre Kapale. Les recherches menées par les experts locaux ont contribué à plus de 20 % des localisations du Likweli, en particulier dans la zone tampon du parc.
Ce cas montre l’intérêt de croiser observation scientifique et connaissances des communautés forestières. Là où les instruments et les protocoles atteignent leurs limites, la mémoire et l’expérience des habitants font souvent la différence. C’est un modèle de collaboration qui séduit de plus en plus la recherche sur la protection de l’environnement et l’inventaire du vivant.
Une espèce déjà considérée comme menacée
La reconnaissance d’une nouvelle espèce est une bonne nouvelle scientifique, mais elle s’accompagne d’une inquiétude. Les auteurs proposent de classer d’emblée le Colobus congoensis dans la catégorie « En danger » sur la Liste rouge de l’UICN. Deux menaces principales pèsent sur lui : la chasse et la perte d’habitat liée à l’expansion des activités humaines.
Autrement dit, l’espèce est décrite au moment même où sa survie n’est pas garantie. Le parc national de la Lomami, créé pour préserver ces forêts, joue ici un rôle clé de sanctuaire. Pour les scientifiques comme pour les acteurs de la protection des animaux, l’enjeu est désormais de documenter la population du Likweli et de sécuriser son territoire avant qu’il ne se réduise.
Pourquoi cette découverte compte
- Un rappel que de grands mammifères restent à identifier, même au XXIe siècle.
- Une preuve de la richesse exceptionnelle du bassin du Congo, deuxième massif forestier tropical de la planète.
- Une avancée qui valorise les savoirs autochtones dans la démarche scientifique.
- Un signal d’alarme : décrire une espèce ne suffit pas, encore faut-il la protéger.
Cette découverte s’inscrit dans une série d’annonces récentes en matière de science et innovation, qui confirment que la nature réserve encore bien des surprises à qui prend le temps de l’observer.
Questions fréquentes
Qu’est-ce que le Colobus congoensis ?
C’est une nouvelle espèce de singe colobe, au pelage noir et aux taches orange autour du museau, décrite en juillet 2026 dans la revue PLOS One. Elle vit dans le parc national de la Lomami, en République démocratique du Congo.
Pourquoi l’appelle-t-on Likweli ?
Likweli est le nom que lui donnent depuis longtemps les habitants de la région, dans la langue langa. Les communautés locales connaissaient l’animal bien avant sa description scientifique officielle.
Cette espèce est-elle menacée ?
Les chercheurs proposent de la classer « En danger » sur la Liste rouge de l’UICN. La chasse et la destruction de son habitat forestier constituent ses principales menaces.



