Le « secret » de Rennes le château, lorsque l’on résout couche après couche les énigmes jetées devant nos pas comme autant de pièges, nous entraîne ailleurs dans l’histoire que ne le dit la saga. Il s’agit alors pour nous de décider si nous acceptons ou non de vivre dans l’univers que les mystagogues de Rennes ont prévu pour nous à notre insu. Encore faut-il que ce choix puisse se faire librement, et donc en connaissance de cause. Cet ensemble de trois volumes n’a pas d’autre but que de le permettre.

De ce fait, nous nous trouvons dans la situation paradoxale que notait déjà Jean Robin : rappeler les éléments de la saga de Rennes apparaîtra comme une redite pour ceux qui ont déjà lu tout ou partie de l’importante bibliographie consacrée à cette affaire depuis plus de trente ans ; procéder par allusions laisserait sur leur faim ceux qui découvrent cette histoire. Nous opterons donc pour un moyen terme, décrire brièvement et dans ses grandes lignes l’ensemble de l’énigme, puis revenir de manière plus pointue sur certains des éléments qui la composent. Car énigme il y a bel et bien sur la colline que Robin qualifiait d’envoûtée.

Les sceptiques, les historiens sérieux — et les jaloux qui découragent leurs lecteurs dans l’espoir de faire seuls la découverte d’un trésor archéologique, si ce n’est sonnant et trébuchant — ont pu facilement réduire à néant la couche la plus superficielle de la saga. Ce faisant, peut-être ont-ils mordu à l’hameçon qui leur était tendu par des pêcheurs de lune moins sots qu’il n’y paraît. Le réalisme universitaire n’est pas plus de mise ici que la crédulité naïve. Il faut, pour aborder l’affaire de Rennes, un état d’esprit et des méthodes de travail qui relèvent davantage des techniques du renseignement que de la critique historique. Il y faut aussi, en parallèle, une connaissance minutieuse de l’histoire, des événements mais aussi des mentalités qui les éclairent.

Il faut s’aventurer dans de sombres coulisses où le mythe a planté le décor des rêves collectifs. On s’aperçoit alors que les invraisemblances et les apparentes gratuités cachent une toute autre histoire, comme si l’on nous avait présenté l’envers et non l’endroit d’une tapisserie baroque. Les fils enchevêtrés laissent percevoir un dessin lisible qu’il faudrait plutôt écrire dessein, une intentionnalité. Et tout cela fut construit avec une diabolique cohérence, où chaque détail compte et renvoie à d’autres éléments. On a tissé là une nasse d’une inhabituelle précision afin de piéger l’intérêt collectif et d’amener, par un parcours en labyrinthe, les curieux, les chercheurs et les naïfs à la sortie prévue : un projet redoutable sur le monde et sur l’homme.
LE GENIE DE LA LAMPE, TOME 1 de LA CABALE DE RENNES LE CHATEAU, Geneviève BEDUNEAU, en vente aux éditions LIBER MIRABILIS, www.liber-mirabilis.com, ISBN : 2-909704-58-0, 19€.