Et si le composant électronique le plus performant du futur n’était ni en silicium, ni en carbure de silicium, mais en diamant de synthèse ? C’est le pari d’une deeptech grenobloise, DiamFab, née d’une trentaine d’années de recherche publique. En 2026, l’entreprise franchit un cap industriel qui pourrait faire du diamant semi-conducteur une brique clé de l’électronique de puissance européenne.
Pourquoi le diamant intéresse les électroniciens
Le diamant n’est pas seulement la plus dure des pierres : c’est aussi un matériau aux propriétés électriques hors normes. Selon DiamFab, il supporte des tensions environ trois fois supérieures à celles du carbure de silicium (SiC), aujourd’hui référence des véhicules électriques, et dissipe la chaleur mieux que le cuivre. Résultat : des composants plus compacts, plus endurants et surtout plus sobres.
L’enjeu est loin d’être anecdotique. Dans une voiture électrique, une part importante de l’énergie se perd en chaleur à chaque conversion. Là où le silicium plafonne autour de 90 % d’efficacité, la jeune pousse vise une conversion quasi totale. À l’échelle d’un parc automobile ou d’un data center, ces quelques points de rendement représentent des quantités d’électricité considérables.
Une fabrication moins gourmande qu’il n’y paraît
Le diamant utilisé n’a rien d’un bijou : il est cultivé en laboratoire par dépôt chimique en phase vapeur assisté par plasma (PECVD), à partir de méthane et d’hydrogène. Le procédé fonctionne entre 600 et 1 000 °C, bien loin des plus de 2 500 °C nécessaires au carbure de silicium. Autre atout mis en avant : il faut de 4 à 50 fois moins de matière pour un même composant, et l’empreinte énergétique globale serait réduite d’au moins un facteur dix.
- Capteurs de radiation (médical, nucléaire) : technologie déjà mature.
- Composants haute température : disponibles à court terme.
- Haute tension pour les marchés stratégiques : visée vers 2028.
- Électronique de puissance grand public : horizon 2030-2032.
Un cap industriel franchi en 2026
Issue du CNRS de Grenoble et créée en 2019, DiamFab compte aujourd’hui 26 salariés. Début 2026, la société a inauguré une ligne pilote de production de plaques de diamant synthétique, un investissement d’environ 4 millions d’euros, présentée comme la première de ce type en France. Dans la foulée, ses trois cofondateurs — Khaled Driche, Gauthier Chicot et Ivan Llaurado — ont lancé au printemps une levée de fonds de 20 millions d’euros, pour moitié en capital et pour moitié en financements non dilutifs (prêts et subventions), avec un bouclage espéré à l’automne.
Signe de l’intérêt de la filière, DiamFab a annoncé début 2026 avec STMicroelectronics un prototype de micro-batterie associant diamant et tritium, pensée pour délivrer un courant sur de très longues durées. La deeptech s’appuie aussi sur un écosystème solide : CEA, Orano, Université Grenoble Alpes et CNRS. Pour les acteurs de la high tech et de l’énergie, l’électronique en diamant est vue comme un levier de souveraineté face à la domination asiatique sur les semi-conducteurs.
Ce qu’il faut retenir
Le diamant ne remplacera pas le silicium du jour au lendemain. Les volumes restent modestes et l’industrialisation grand public n’est pas attendue avant le début des années 2030. Mais la trajectoire illustre une tendance de fond : la recherche de matériaux capables de rendre nos véhicules, nos réseaux et nos centres de données plus efficaces. Une innovation discrète, mais potentiellement décisive pour la transition énergétique.
Questions fréquentes
Le diamant semi-conducteur est-il un vrai diamant ?
Oui, mais cultivé en laboratoire à partir de gaz (méthane et hydrogène). Il possède la même structure cristalline qu’un diamant naturel, sans en avoir la vocation ornementale : ici, ce sont ses propriétés électriques qui comptent.
En quoi est-il meilleur que le silicium ?
Il supporte des tensions plus élevées, résiste mieux à la chaleur et aux radiations, et permet des composants plus compacts et plus efficaces. Cela réduit les pertes d’énergie lors des conversions électriques.
Quand en trouvera-t-on dans nos appareils ?
Les premiers usages (capteurs, haute température) sont déjà matures. Pour l’électronique de puissance grand public, comme les voitures électriques, l’horizon évoqué se situe entre 2030 et 2032.



