Le Nutri-Score traverse une zone de turbulence. Pour la première fois depuis son lancement en 2017, l’étiquette nutritionnelle recule dans les rayons français : sa présence sur les emballages est passée de 64 % de parts de marché en 2024 à 63 % en 2025. Une enquête baptisée « Nutri-Score Papers », menée par l’association France Assos Santé, détaille comment plusieurs géants de l’agroalimentaire ont construit, année après année, une stratégie méthodique pour affaiblir le dispositif.
Une contestation juridique construite depuis 2017
Dès l’introduction du Nutri-Score, une partie des industriels a fait valoir qu’un étiquetage obligatoire entrerait en contradiction avec le droit européen de la libre circulation des marchandises. Cet argument juridique reste, huit ans plus tard, au cœur de la contestation. En septembre 2025, le groupe laitier Lactalis a saisi le Conseil d’État pour contester l’arrêté du 14 mars 2025 qui actualisait la méthode de calcul du score. En juin 2026, la haute juridiction administrative a sursis à statuer et renvoyé l’affaire devant la Cour de justice de l’Union européenne, repoussant d’autant l’issue du dossier.
Les industriels en première ligne
L’enquête de France Assos Santé cite plusieurs multinationales parmi les acteurs les plus actifs dans cette mobilisation : Ferrero, Lactalis, Coca-Cola, Mars, Mondelez et Unilever. Leur argumentaire ne se limite pas au terrain judiciaire : financement d’études contradictoires, lobbying auprès des institutions européennes et communication ciblée font partie des leviers mobilisés, selon les travaux de l’Institut Rousseau, qui a également analysé le rapport de force entre santé publique et intérêts économiques autour de ce dossier.
Cette pression a un effet mesurable : pour la première fois depuis la création du dispositif, le taux d’adoption du logo par les industriels diminue légèrement d’une année sur l’autre, un signal que les défenseurs du Nutri-Score jugent préoccupant pour la lisibilité de l’information nutritionnelle en rayon.
Un soutien massif à la généralisation
Face à cette contestation, le camp favorable à un Nutri-Score obligatoire s’est lui aussi structuré. Le 26 mai 2026, une pétition réclamant sa généralisation a rassemblé le soutien de l’Académie nationale de médecine, de 45 entreprises agroalimentaires et de 33 associations de consommateurs et de patients. Ce front commun illustre la polarisation croissante autour d’un outil pourtant conçu, à l’origine, comme un simple repère de santé publique.
- 2017 : lancement du Nutri-Score et premières contestations juridiques
- Mars 2025 : arrêté actualisant la méthode de calcul
- Septembre 2025 : recours de Lactalis devant le Conseil d’État
- Mai 2026 : pétition pour la généralisation, soutenue par l’Académie de médecine
- Juin 2026 : renvoi de l’affaire devant la Cour de justice de l’Union européenne
Ce que cela change pour les consommateurs
Pour l’acheteur, ce bras de fer se traduit concrètement par une information nutritionnelle inégale selon les rayons et les marques : certains produits historiquement bien notés continuent d’afficher le logo, quand d’autres l’ont discrètement retiré de leurs emballages. Ce phénomène rejoint des inquiétudes déjà documentées sur la fiabilité de l’étiquetage, comme le montrait récemment l’enquête sur le cadmium dans les pâtes ou, avant elle, celle consacrée au mercure dans le thon en boîte. Dans les deux cas, c’est la capacité du consommateur à évaluer rapidement la qualité d’un produit qui est en jeu.
Cette vigilance accrue s’inscrit dans une tendance de fond : selon une étude récente, la santé devance désormais l’écologie dans les critères d’achat des Français, ce qui rend la lisibilité des étiquettes nutritionnelles d’autant plus stratégique pour les marques.
En pratique, les associations de consommateurs recommandent de ne pas se fier uniquement au logo, surtout sur les produits qui ne l’affichent pas volontairement : la liste des ingrédients et le tableau nutritionnel réglementaire restent, eux, obligatoires sur tous les emballages, quelle que soit l’issue du bras de fer entre autorités sanitaires et industriels.
Questions fréquentes
Le Nutri-Score va-t-il devenir obligatoire en France ?
Le dispositif reste à ce jour facultatif. Une pétition soutenue par l’Académie nationale de médecine et de nombreuses associations réclame sa généralisation, mais aucune décision réglementaire n’a encore tranché la question, en partie du fait des procédures juridiques en cours.
Pourquoi Lactalis conteste-t-il le Nutri-Score devant la justice ?
Le groupe conteste l’arrêté du 14 mars 2025 qui a modifié la méthode de calcul du score, estimant qu’elle défavorise certains de ses produits. Le dossier a été renvoyé par le Conseil d’État à la Cour de justice de l’Union européenne en juin 2026.
Le recul du Nutri-Score signifie-t-il sa disparition ?
Non. La baisse mesurée, d’un point de part de marché entre 2024 et 2025, reste limitée. Elle traduit surtout un ralentissement de son adoption volontaire par les industriels, dans un contexte de pressions juridiques et de lobbying accru.
Sources
- France Assos Santé — Nutri-Score Papers
- Institut Rousseau — Analyse du lobbying agroalimentaire
- Sciencepost — Évolution du Nutri-Score en 2026
Cet article a été rédigé avec l’aide d’une intelligence artificielle. Politique éditoriale



