Le virage est spectaculaire ! Après le mandat de Donald Trump, hermétique à tout enjeu écologique, son successeur Joe Biden veut montrer l’exemple en matière de respect de l’environnement avec notamment un ambitieux programme relatif à la mobilité électrique. À tel point que les États-Unis, longtemps à la traîne, pourraient bien rattraper et dépasser l’Union européenne et la France si elles n’accélèrent pas le rythme pour conserver leur avance.5000 milliards de dollars, c’est la somme colossale que Joe Biden compte investir dans deux plans en faveur des infrastructures et dans les dépenses sociales. Sur ces 5000 milliards, le président américain a l’intention de consacrer 1200 milliards à la revitalisation des infrastructures de son pays. Fruit d’âpres négociations au vu des sommes en jeu, ce « plan Biden » a finalement été adopté au Sénat à une nette majorité, à 69 voix contre 30. Une victoire politique pour le président américain, mais aussi et surtout un projet « historique » qui va « transformer l’Amérique » selon la Maison-Blanche. C’est peu de le dire tant le pays a des décennies de retard à rattraper pour renouveler ses infrastructures vieillissantes qui pour beaucoup datent de l’époque du New Deal de Roosevelt. Avec une enveloppe de 110 milliards de dollars, les routes pourront ainsi retrouver une qualité qui leur fait trop souvent défaut.

Les États-Unis à l’ère de la mobilité électrique

Avec ces 110 milliards, Joe Biden compte bien sûr rénover les infrastructures routières de son pays, mais en mettant surtout « l’accent sur l’atténuation du changement climatique, la résilience, l’équité et la sécurité de tous les utilisateurs, y compris les cyclistes et les piétons ». Preuve évidente de cette volonté du président américain de participer à l’atténuation du changement climatique comme il le dit lui-même, une enveloppe de 7,5 milliards d’euros est prévue afin de financer un vaste plan de déploiement d’un réseau national de bornes électriques digne de ce nom. Joe Biden en fait même une priorité, car il l’a bien compris : s’il veut encourager la mobilité durable, il faut convaincre ses concitoyens d’abandonner leur bon vieux véhicule à moteur thermique pour le remplacer par un modèle électrique. Une sacrée gageure dans le pays des Hummer et des trucks surdimensionnés. D’autant que le président américain s’est fixé un objectif plus qu’ambitieux : il souhaite qu’en 2030, 50 % des véhicules neufs vendus aux États-Unis soient des véhicules électriques. « La plus grande chose qui se passe ici, c’est qu’il y a une prise de conscience, tant de la part des travailleurs que des entreprises, qu’il s’agit de l’avenir. Nous ne pouvons pas rester sans rien faire », a déclaré le président américain à propos de l’impact des émissions de CO2 pour justifier cet engagement, qui prend clairement le contre-pied de Donald Trump, son prédécesseur si peu concerné par les enjeux écologiques qu’il n’avait pas hésité à sortir de l’Accord de Paris.

Si Joe Biden souhaite convertir les automobilistes américains à l’électrique, c’est bien sûr pour faire face à la crise climatique, mais ce n’est pas son unique but : il y a aussi une raison économique. Le président de la première puissance économique mondiale est bien conscient qu’en la matière, son pays est clairement à la traîne par rapport à l’Europe et surtout par rapport à son grand rival qu’est la Chine. Et en effet, selon un rapport publié en juin 2021 par l’ONG indépendante ICCT (International Council on Clean Transportation), les États-Unis ne pointent qu’en troisième position en termes de production de véhicules électriques derrière la Chine et l’Europe. On comprend donc pourquoi Joe Biden compte « mettre l’Amérique en position de mener l’avenir de la voiture électrique, de dépasser la Chine » avec son vaste plan d’investissement. Un message reçu cinq sur cinq par les trois principaux constructeurs automobiles américains, Ford, General Motors et Stellantis qui, dans un communiqué commun, ont apporté leur soutien à leur président en déclarant viser un objectif de 40 à 50 % de ventes de véhicules électriques sur le territoire national d’ici 2030.

Un plan transposable en Europe et en France

Si les milliards de dollars engagés par Joe Biden dans ce plan d’investissement à l’envergure sans précédent ont de quoi donner le tournis, il convient toutefois de relativiser. En effet, aussi importantes soient ces sommes, elles ne sont pas aussi démesurées qu’il n’y paraît au premier abord puisqu’elles ne représentent finalement qu’à peine 1,5 % du PIB des États-Unis. L’ambition américaine est donc transposable en Europe, et particulièrement en France, d’autant que le Vieux Continent aime être en pointe sur ces sujets de mobilités et de développement durables. Mais un rapport de la Cour des comptes européenne paru en avril dernier exhortait l’Union européenne à « accélérer le déploiement des infrastructures de recharge afin d’encourager l’essor de l’électromobilité », soulignant le fait qu’elle était encore très loin de l’objectif d’un million de bornes de recharge en 2025 qu’elle s’est fixée dans le cadre du pacte vert pour l’Europe de décembre 2019.

Et en France alors ? Là aussi, les résultats sont loin d’être à la hauteur des ambitions. Certes, le gouvernement a décidé de changer de braquet avec la charte Objectif 100 000 bornes présentée par Barbara Pompili et Jean-Baptiste Djebbari en octobre 2020 et cet engagement commence à payer : en effet, la France compte désormais 43 700 bornes de recharges pour véhicules électriques, contre 32 700 en décembre 2020, soit 11 000 bornes supplémentaires installées en 6 mois et une hausse de 33 % du nombre de bornes sur les six premiers mois 2021. Cette augmentation est certes remarquable, mais elle semble toutefois bien insuffisante pour atteindre le fameux objectif des 100 000 bornes d’ici à la fin de l’année, cher à la ministre de la Transition écologique et au ministre délégué chargé des Transports. Peut-être parce que l’enveloppe de 100 millions d’euros pour les bornes de recharge rapide sur les autoroutes et le réseau routier national fait bien pâle figure en comparaison des besoins criants sur notre territoire.

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